Port Vendres , l’Aresmar en plein Travail le 10 Aout 2012 .


Port Vendres , l'Aresmar en plein Travail le 10 Aout 2012 .

Port Vendres , l’Aresmar en plein Travail le 10 Aout 2012 .

Une réflexion au sujet de « Port Vendres , l’Aresmar en plein Travail le 10 Aout 2012 . »

  1. Violets.

    Monsieur M….insistait tellement que j ‘ai fini par lui promettre d’ aller cueillir une bonne quantité de violets destinés, m’ avait t il dit, à une dégustation entre anciens de Tipaza, lieu béni de Dieu sans doute, puisque connu outre Méditerranée par le tombeau dit de la Chrétienne dont il est le cadre..
    C ‘est pourquoi je suis en train de revêtir ma combinaison sur cette plage lilliputienne située entre les deux tunnels dont les fonds, (encore inexplorés des Marseillais amateurs de « figues de mer »), en abritent une forte colonie qui se cramponnent solidement aux roches blanches de l’ éboulis créé par les rejets rocheux de la construction des deux tunnels.
    Entrant dans l’ eau claire dos à la mer, je serre fortement l ’embout du tuba car la température hivernale bloque un peu ma respiration, puis je palme doucement vers le lieu de la cueillette, un grand sac de jute en main, attendant stoïquement que cessent les entrées d ‘eau glacée qui me brûlent sournoisement le dos.

    Ventilation, plongeon canard, et me voici près du premier violet qu ‘il faut absolument arracher du roc par surprise avant qu ‘il se contracte, car si le geste est maladroit, le décoller sera pratiquement impossible et inutilement fatigant.
    Ainsi que je l’espérais, la cueillette s’ annonce fructueuse et je m ‘applique à choisir des sujets de petite taille, apparemment plus goûteux que les gros dont la masse molle de chair orangée n’ incite pas forcément à la consommation.
    Je pense à ces Italiens qui m ‘avaient, eux aussi, demandé de leur ramener des » uovi di mare », « mamelli di vacca »ou « lemoni », et m’ en avaient remercié d’ une excellente bouteille de grappa dont le savoureux contenu m ‘avait rendu pour un temps allergique au raisin et ses dérivés alcoolisés…
    J’ en amène parfois à mon grand oncle Alexandre, restaurateur à Cadaquès, dont les yeux s ‘allument quand il devine le contenu de mon sac qu ‘il nomme « bunyols de mar  »ou « bitotxos ».
    Mon sac commence à s’ alourdir, et j’ai maintenant bien du mal à le remonter, ce qui a pour effet de raccourcir mes apnées. Je peste intérieurement, car j ‘aurais dû l ‘équiper d ‘une chambre à air afin qu’il reste en surface, et je décide, afin de continuer tranquillement, d’ en déverser le contenu sur une éminence de schiste noir accessible à pied sec. Demi tour vers l’ éboulis, apnée, et c’ est en m ‘apprêtant à remonter que mon regard se porte sur un sympathique petit violet littéralement juché sur le sommet d’ une étroite pierre allongée entre deux blocs qui dépasse du fond
    Allez savoir pourquoi, je reste longuement en surface tout en ventilant mes poumons avant de revenir au contact de cette curiosité : Le violet est perché, telle une hirondelle sur son fil, au sommet de cette pierre inclinée recouverte de concrétions, fendue en son centre, dont la base disparaît sous une vase légère que je trouble simplement en approchant la main.
    Je vois nettement le violet se raidir et se plisser afin d ‘échapper au prédateur, mais qu ‘importe, et je le saisis en le tirant rapidement vers moi :Alors qu’ il refuse de lâcher prise, c’ est son socle pesant qui sort brusquement derrière lui dans un gros nuage gris dont le poids me renvoie en avant. Le « biju »est toujours farouchement accroché à …un magnifique col d ‘amphore que je pose, stupéfait et tremblant dans ce brouillard dont les lentes ondulations rendent l’ apparition encore plus irréelle.
    Je réalise que l ‘un de mes rêves de triton est en train de se réaliser car je tiens enfin un col d ‘amphore dont le corps repose peut être sous la vase ?
    Lorsque la maîtresse du cours préparatoire, Mlle Manyéris, m’ avait jadis demandé quelle était la profession de mon père, j ‘avais fièrement répondu : « Il est scaphandrier et va sous la mer chercher des trésors. »
    Remontant à toute allure, j ‘aperçois Mr M…sur la plagette qui attend, l ‘eau à la bouche, le retour tant attendu du livreur bénévole et me fait de grands signes amicaux de nature à me prouver à l ‘avance une reconnaissance que j’ espère, sans trop y croire, sincère et durable.
    Abandonnant à regret ma découverte, je retourne vers le rocher où où je jette le sac sur le tas de violets, en faisant signe à l ‘amateur de venir lui même les chercher.
    Malgré une méchante houle de Nord Ouest qui me gifle maintenant sans ménagements, je retourne ensuite vers « mon » col que je saisis à deux mains en m ‘arc boutant au fond, tentant de le remonter par de frénétiques coups de palmes.
    Après deux bonnes tasses d ‘eau salée ingérée sans soif en surface, je me décide rapidement à larguer ma ceinture de plombs en espérant la retrouver la prochaine fois grâce à sa vive couleur jaune, qui marquera en outre le site .
    Le pénible retour vers la plage me fait l ‘effet d’une de ces longues punitions injustement méritées dont certains de nos maîtres avaient le secret, mais je tiens bon, serrant mon col entre les bras comme on étreint la femme de sa vie pour la toute première fois…
    Emergeant lourdement entre deux vagues, et alors que j ‘exhibe fièrement ma belle trouvaille, Mr M se fend généreusement d ‘un tonitruant « La purée de toi ! Des violets y en a pas bézef !» accompagné de larges moulinets de ses mains ouvertes en éventail qui semblent vouloir se visser contre ma combinaison luisante des rudes caresses de la mer.

    Sous ce col d ‘amphore dormaient deux épaves antiques superposées, en partie protégées du temps qui passe par les déblais de la construction des tunnels, et j ‘ai eu l ‘honneur de participer longuement aux fouilles menées par Dali Coll et Annick Chelles afin d’en récupérer le contenu et en déterminer l’ origine.
    Ce col d ‘amphore , que j ‘ai déclaré à l ‘ époque, se trouve toujours chez moi, en compagnie de quelques clous de cuivre forgés issus du site…
    Par contre, il n ‘y a plus de violets entre les deux tunnels, et la plagette a disparu, rongée par l’ érosion.

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